LEADERSHIP DANS LES CENTRALES SYNDICALES: Les séniors tiennent la corde, les jeunes suivent

Dans un secteur aussi mouvementé et plein de soubresauts que le syndicalisme, des séniors partis à la retraite jouent les grands rôles. Ces leaders des différentes centrales syndicales dictent ainsi la conduite à suivre à des milliers de travailleurs et autres syndicalistes. pourtant, ces syndicats affiliés ne manquent pas de ressources humaines jeunes et combatives pour prendre le relais dans la lutte pour le bien être des travailleurs.

A quand l’alternance générationnelle dans les centrales syndicales? Une question qui semble être superflue, mais qui mérite d’être posée. Elle pose même la question de la démocratie dans les syndicats. En effet, c’est une bizarrerie que des personnes ayant fait leur temps puissent continuer à défendre les intérêts de gens toujours actifs dans le monde du travail. Il faut en rire ou en pleurer ! En tout cas, mercredi dernier, l’assistance a rigolé à chaque fois que des leaders vieillissants venaient remettre au chef de l’Etat leurs cahiers de doléances. Si les uns, dos courbé, peinent dans leur démarche, les autres étaient obligés de tenir sur une béquille pour s’ajuster. Par devers eux, des documents de quelques feuillets en guise de cahiers de doléances. Le président de la République n’a pas manqué de les tacler amicalement. Il s’agit notamment d’un vieux du nom de Baye Talla avec qui il a fait les beaux jours d’And Jëf/Pads (Aj/Pads). A la place des fascicules et autres documents sous forme de manuel, ce dernier est venu lui remettre un cahier peu commode. Sur un ton ironique, le chef de l’Etat fait savoir au septuagénaire que ce qu’il lui a présenté n’était pas un vrai cahier de doléances et qu’il faudrait qu’il ramène la prochaine fois un vrai cahier, un document digne de ce nom en brandissant les quelques feuilles enveloppées sur une chemise cartonnée. Macky Sall a salué par la suite le vieux Talla en rappelant que c’est un ancien du parti de gauche And Jëf (AJ), longtemps dévoué au syndicalisme.

LES LEADERS SYNDICAUX, DES PRIVILÉGIÉS

Au-delà de tout ça, force est de constater que ceux qui tiennent les rênes des cinq centrales syndicales les plus représentatives ont tous ou presque dépassé l’âge de la retraite. Que ce soit laFgts l’Unsas, la Csa, la Cnts et la Cnts/F. Pourquoi la fonction de leader syndical aiguise des appétits ? En fait, de telles responsabilités sont accompagnées de privilèges. En plus des voyages et des perdiem, la plupart d’entre eux siègent au Conseil d’administration certaines sociétés en tant que PCA ou occupent des postes juteux dans certains conseils d’administration. Ils ont également une mainmise sur la somme de 600 millions Fcfa que l’Etat a débloquée en guise de subvention annuelle. D’ailleurs, la manière dont cet argent est réparti fait l’objet de polémique. Le Secrétaire général de la Confédération démocratique des syndicats libres (Cdsl) a dénoncé le fait que juste quatre centrales syndicales (Cnts, Cnts/Fc, Unsas, Csa) captent cette subvention annuelle au détriment des autres des organisations. «Nous pensons qu’il faut rectifier et faire en sorte qu’il y ait une justice sociale au niveau des organisations syndicales», avait déclaré Ibrahima Sarr, secrétaire général de la Cdsl le 1er mai dernier. Cela étant, il devient judicieux de voir aujourd’hui comment ces fonds sont gérés. Et éventuellement tracer l’argent pour voir à quoi il a véritablement servi. C’est fondamental pour des soucis de transparence dans la gestion de ces fonds. En outre, il faut dire que de nombreux travailleurs ne sentent pas la présence de ces centrales dans leur combat pour l’amélioration des conditions de travail. Une telle posture peut trouver son fondement dans le pacte de stabilité sociale et d’émergence économique signé en 2014. En effet, ce pacte freine l’engagement et l’implication des centrales dans certains dossiers. Lors des dernières élections de représentativité, certains syndicats notamment de l’enseignement avaient décliné tout soutien à des leaders de centrales syndicales, arguant que ces derniers n’étaient pas venus les soutenir quand ils étaient «persécutés» par l’Etat, oppressés par le régime à travers des menaces de radiation, des perquisitions et ponctions sur les salaires. Que ces syndicats enseignants aient raison ou pas, il faut avouer que c’est une incongruité que le relais ne soit pas passé depuis toutes ces années à des leaders plus jeunes et engagés dans le combat syndical. Mais apparemment, la nouvelle génération de syndicalistes n’est pas aussi audacieuse que ça !

( Seydina Bilal DIALLO et Toutinfo.net )

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