SUPPRESSION ANNONCEE DU POSTE DE PREMIER MINISTRE: Dr Ndiogou SARR relève les dangers de la réforme

Maitre de conférences en droit Public à l’UCAD, Dr Ndiogou SARR se prononce sur la suppression annoncée du poste de premier ministre. En plus de se retrouver avec une hypertrophie du pouvoir du président de la République, l’enseignant pense qu’il est louable de garder le PM pour plus de rentabilité et d’efficacité de l’administration.

La suppression annoncée du poste de premier ministre ne fera que complexifier davantage la nature du régime politique sénégalais. Surtout que le Sénégal a un régime politique in nommé. Pour Dr Ndiogou Sarr, joint hier au téléphone, le système politique de notre pays présente aussi bien des ingrédients du régime présidentiel que du régime parlementaire. «Les éléments du régime parlementaire se traduisent par le fait que le chef de l’Etat puisse dissoudre l’Assemblée nationale et que celle-ci puisse renverser le gouvernement par une motion de censure ou une question de confiance. Les éléments du régime présidentiel sont à rechercher dans le fait que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel. En plus, c’est lui seul qui est l’Exécutif car les ministres ne sont que des subordonnés et le premier ministre qu’un exécutant», a expliqué Monsieur Sarr. Ainsi, selon le maitre de conférences à l’UCAD, la suppression du poste de premier ministre, en plus d’entrainer la modification de tous les articles dans la Constitution quitouchent le premier ministre,peut entrainer des bouleversements. En effet, dit-il, le gouvernement risque de ne plus être responsable devant l’Assemblée nationale. «Pour engager la responsabilité du gouvernement, il faut passer par le PM. Or si ce dernier n’existe plus, on risque de ne plus pouvoir engager la responsabilité du gouvernement», fait-il constater. Non sans se demander si le président de la République pourrait encore disposer des moyens pour dissoudre l’Assemblée nationale, lui aussi? Tout compte fait, Dr Ndiogou Sarr estime que c’est comme si le président est en train de vouloir enlever les mécanismes du régime parlementaire qu’on a intégrés dans notre système pour doser un peu ce qu’on a appelé un présidentialisme.

«IL EST LOUABLE POUR UNE MEILLEURE RENTABILITE ET EFFICACITE DE L’ADMINISTRATION DE GARDER LEPREMIER MINISTRE»

Par ailleurs, l’enseignant en droit public pense que sur le plan administratif, la suppression du poste de PM risque d’amener une centralisation à outrance de l’activité administrative entre les mains du président de la République. Or, une centralisation trop forte crée une inefficacité admibistrative, ajoute-t-il. Selon lui, la décentralisation a été inventée pour faire face à la forte centralisation de l’administration qui, de facto, entraine une concentration des prérogatives. Ce qui entache l’efficacité et la rentabilitéde l’administration parce que n’étant plus proche de ses administrés, a-t-il déploré. En outre, l’enseignant en droit public reconnait que si on supprime les moyens d’actions réciproques (Ndlr : pouvoir de dissolution du parlement et motion de censure) entre l’Exécutif et le Législatif, on aura un régime présidentiel. Toutefois, il précise que l’histoire a montré que le régime présidentiel n’a prospéré qu’aux Etats-Unis où il y a une séparation stricte des pouvoirs. «Tous les pays qui ont tenté de le répéter ont instauré un système présidentialiste avec une hypertrophie à outrance du pouvoir du président de la République. Et le Sénégal va à coup sûr retourner à ce système avec un chef de l’Etat qui a tous les pouvoirs et une mainmise sur toute l’admibistration. Et ça ce n’est pas bon.»Pis, dit-il, avec la suppression des moyens d’actions réciproques entre l’Exécutif et le Législatif, on risque d’assister à un système de confusion du pouvoir avec la toute-puissance du président de la République. «En attendant devoir ce qu’il va proposer, de voir le projet de réformes, je trouve qu’il est louable pour une meilleure rentabilité et efficacité de l’administration de garder le premier ministre en tant que technocrate qui va gérer l’action administrative et exécuter les tâches administratives», conclut-il.

( Seydina Bilal DIALLO )

 

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