DR PAPA CHEIKH SAADBU SAKHO JIMBIRA, SPECIALISTE EN COMMUNICATION POLITIQUE: «À force de vouloir être fidèles à une ligne directrice, ils ont par moment revêtu le costume de vieux politicards»

Lors de la présidentielle de 2019, de nouvelles têtes se sont distinguées dans le pôle communication du candidat de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY). Pour la plupart, il s’agit de personnes jeunes, pas très connus du grand public, qui effectuaient pour le compte du Président sortant les débats sur les plateaux télévisés et autres supports médiatiques. Ce renouveau générationnel, avec ses atouts et faiblesses, est analysé pour «L’As» par le spécialiste en communication politique et opérations de relations publiques, Papa Cheikh Saadbu Sakho jimbira.

Livrant sa lecture des prestations des responsables de la communication du candidat sortant lors de la campagne présidentielle de 2019, Dr Papa Cheikh Saadbu Sakho Jimbira reconnaît qu’il y a eu un début de renouvellement des hommes, notamment avec l’éclosion de jeunes qui ont porté la parole des partis en lice. Par exemple, dit-il, des jeunes comme Abdou Karim Fofana et Pape Mawa Diouf ont plutôt bien servi la communication du Président Macky Sall. Mais à force de vouloir être fidèles à la ligne directrice prédéfinie par le parti, déplore-t-il, les communicants du candidat sortant ont par moment revêtu le costume de vieux politicards et rabâcher des arguments de sophistes, plus prompts à créer du flou, qu’à éclairer la lanterne des Sénégalais sur les vrais sujets. «Certains diront que c’est de bonne guerre, mais nous pensons que ces stratégies ont fortement contribué à appauvrir le débat politique au Sénégal », a ajouté le spécialiste en communication et opérations de relations publiques. Dans le cas d’espèce, affirme-t-il, la communication politique est réduite à une technique alors qu’elle devrait être processus dynamique, ouvert et mettant aux prises des discours et projets politiques opposés. «La communication politique a une fonction de légitimation, d’intégration et de sélection des thèmes faisant partie des enjeux politiques du moment», explique Monsieur Sakho. Mais pour lui, ces élections ont montré si besoin en était, que le grand public est parfois en avance sur la classe politique qui, à force d’invectives et d’affrontements, passe à côté des thèmes qui préoccupent les populations. «Ceci est d’autant plus regrettable que parfois c’est fait sciemment», renchérit-il.

Par ailleurs, Dr Sakho affirme que l’époque dans laquelle nous vivons est marquée, au Sénégal comme dans le reste du monde (en particulier dans les démocraties libérales), une confusion entre la communication politique, la communication publique. «Cette dernière est plutôt celle de l’Etat et des Institutions à destination de la société. Et le marketing politique a plus à voir avec la conquête du pouvoir, même si ce dernier ne saurait être limité à la phase de conquête», précise-t-il. Pour autant, il estime que cette confusion se traduit généralement par le fait que la communication politique est souvent confiée à des hommes dont ce n’est pas le métier, le plus souvent des marketers et des journalistes. Et elle suit des stratégies qui ont plus à voir avec des opérations de relations publiques et de marketing. Le plus désolant, selon lui, c’est que ces opérations sont pour la plupart élaborées par des agences internationales qui ignorent les réalités profondes des pays.

( Seydina Bilal DIALLO )