ABDOU LATIF COULIBALY, MINISTRE DE LA CULTURE: «L’islam et le christianisme ont pulvérisé les valeurs que nous avons héritées»

La cellule genre du ministère de la Culture a organisé hier une conférence au Musée des civilisations noires en présence de Abdou Latif Coulibaly. Le ministre de la Culture qui a pris part à la réflexion s’est désolé de l’éradication du système matriarcal qui existait dans la tradition africaine. Cette situation est due, selon lui, à l’islam et au christianisme qui ont pulvérisé toutes les valeurs héritées du passé.

D’après les recherches réalisées par Cheikh Anta Diop et qui ont été réunies dans des ouvrages phares tels que «Nations nègres et Culture», «L’Afrique noire précoloniale» et «L’unité culturelle de l’Afrique noire», le matriarcat nègre trouve son origine dans la sédentarité et la pratique de l’agriculture. Ce qui s’expliquerait par le fait que les femmes sont les premiers êtres à avoir songé à la sélection des produits de la terre afin d’en nourrir leurs familles pendant que les hommes se livraient à d’autres activités telles que la chasse ou la guerre. Cette thèse est défendue par Fatou Kine Camara, juriste ayant rédigé plusieurs articles sur le droit négro-africain. Selon elle, le matriarcat nègre trouve sa source dans l’Égypte antique où l’union matrimoniale conférait à l’homme et la femme les mêmes droits, sinon une plus grande considération au genre féminin. Mais ce système s’est effrité au fil des siècles. Une situation qui découlerait, selon le ministre de la Culture qui présidait la conférence organisée par la cellule genre de son département, par l’avènement du christianisme et de l’islam. A en croire Abdou Latif Coulibaly, «ces deux religions ont pulvérisé toutes ces valeurs héritées du passé». Manifestement très impliqué sur les questions de genre, l’ancien directeur journaliste estime que les constructions relatives au patriarcat sont tenaces dans notre société. «Les femmes sont placées dans des positions sociales qui ne favorisent pas un développement équilibré», affirme-t-il. Faisant partie des panélistes, le professeur Hamady Bocoum, directeur du Musée des civilisations noires, juge urgent de construire des modèles sur la question du genre en mettant en avant nos différences de perception et d’approche. «Nous gagnerions davantage à convoquer des éléments pouvant nous permettre de trouver des solutions innovantes tout en gardant notre identité et éviter toute provocation», affirme le directeur du Musée des civilisations noires.

( Mamadou Mbakhé NDIAYE )