IMAM DAME NDIAYE, PRESIDENT DE LA LIGUE DES IMAMS DU SENEGAL: «L’élite politique prend l’Islam juste comme un mal nécessaire »

Les imams du Sénégal comptent jouer leur partition lors de l’élection présidentielle du 24 février prochain. Invité ce jeudi à Sud Fm l’imam Dame Ndiaye a estimé qu’ils préparent un mémorandum portant sur 7 points qu’ils vont soumettre aux candidats. A l’en croire jusqu’à présent l’élite politique appréhende l’Islam comme un mal nécessaire.

« Prendre l’Islam comme un mal nécessaire au Sénégal est très grave », s’est désolé d’emblée le président de la Ligue des imams du Sénégal. De l’avis du célèbre islamologue la plupart des hommes politiques ne croit pas à l’Islam, mais comme les Sénégalais y croient ils font semblant de s’y intéresser.  Il pense que le prochain président doit être un vrai sénégalais qui croit fortement à la culture de ce pays et qui va essayer de changer ce rapport avec la religion. « L’Islam n’est pas un mal nécessaire, mais plutôt un bien nécessaire », martèle-t-il.

Allant plus loin dans ses recommandations, il pense qu’on doit formaliser le rapport entre l’Etat et la religion. « Ce n’est pas quelque chose qui remet en cause la laïcité parce que d’autres pays plus laïcs que nous ont des rapport très clairs avec la religion », soutient l’animateur de la 2Stv, soulignant que cette formalisation permettra d’identifier ceux qui parlent réellement au nom de la religion et pour l’Etat de pouvoir savoir que le financement qu’il alloue aux familles religieuses est une prérogative et non un don. « Car pour les Sénégalais aller à Touba, Tivaouane ou Medina Baye est une demande sociale au même titre que les autres demandes. Donc le devoir qui sied à l’état c’est de mettre ces lieux dans des conditions idoines d’accueil », suggère-t-il tout en ajoutant que tous les candidats doivent répondre à ces problématiques avant de prétendre gouverner le pays.

Mettre en place un Conseil Supérieur Islamique

Selon Imam Ndiaye  la Ligue des imams veut aussi  que l’Etat instaure le Conseil Supérieure Islamique. « Il faut au Sénégal que l’Islam ait une autorité qui parle au nom de tous les musulmans parce les familles religieuses ont des guides, mais l’Islam n’ a pas d’autorité suprême  au Sénégal », constate l’enseignant, trouvant que ce manque de voix autorisée peut causer beaucoup de préjudices dans le pays .Selon lui l’Etat n’a pas d’interlocuteur, c’est pourquoi chaque régime qui vient   règle son rapport avec la religion,  selon son tempérament. Et c’est la raison pour laquelle, explique l’islamologue que la religion est devenue une armée mexicaine. « Le Conseil supérieur Islamique est un outil qui permettra à l’Etat d’assainir son rapport avec les religieux et certains maitres chanteurs n’auront plus voix au chapitre », argue-il.

Se prononçant sur l’éducation au Sénégal, il a déclaré que les valeurs morales s’affaissent parce qu’on a interdit l’éducation religieuse au Sénégal. « Quand les colons étaient encore là, il y’avait deux enseignements, mais une seule éducation islamique car les mêmes valeurs étaient enseignées à l’école et dans les daaras », rappelle le prédicateur, soulignant que si le président Senghor a pu bâtir un Etat, c’est grâce notamment aux cadres originaires de Saint- Louis qui étaient épris de justice et de travail parce ils avaient reçu les enseignements islamiques et français en même temps.  Il a révélé, par ailleurs, que les autres points qu’ils vont soumettre aux candidats sont la révision du Code la famille et l’indépendance de la justice.

( Mamadou Mbakhe NDIAYE )