FORTE MOBILISATION AUX ALLEES DU CENTENAIRE: L’opposition fait monter les enchères à deux mois de la présidentielle

L’opposition jette toutes ses armes dans le combat à deux mois de l’élection présidentielle. Elle veut faire plier le pouvoir en place pour obtenir la satisfaction de ses revendications notamment la désignation d’une personnalité neutre pour organiser l’élection présidentielle. Pour ces détracteurs du régime de Macky Sall, « tout sauf Aly Ngouille Ndiaye » !

Karim Président! Khalifa Président! Les militants de ces deux candidats à la candidature n’en démordent pas. Ils sont plus que jamais déterminés à faire participer de « gré ou de force » leurs leaders respectifs à l’élection présidentielle de février 2019. Unis comme un seul homme, ils ne comptent pas abdiquer pour faire reculer le pouvoir. Les militants des autres forces de l’opposition ne sont pas en reste. Venus prêter main forte à leurs mentors, ils ont battu le pavé du Casino Bourguiba au rond-point Doudou Ndiaye Rose, point de chute des manifestants. Ces derniers, pancartes à la main, T-shirt à l’effigie de « Karim » par ci, de Khalifa par-là, ils crient leur ras le bol. « Non » à la tentative de coup d’Etat électoral de Macky Sall, « Non » à la gestion solitaire et opaque du fichier électoral pour Macky Sall, « Non» à la confiscation des cartes d’électeurs par Macky Sall, « Non » à l’organisation de l’élection présidentielle par Aly Ngouille Ndiaye, ministre de l’Intérieur. »

 L’opposition veut durcir le ton pour garantir l’organisation d’une élection présidentielle juste, transparente et démocratique. C’est pourquoi, dès 15 heures, elle a assiégé les allées de l’avenue Bourguiba devant le Casino. Une procession qui a refusé du monde. La marée humaine a pris d’assaut les allés centenaires. Jeunes, adultes, femmes de tout âge ont pris part à cette grande mobilisation sous l’initiative du front national de résistance (Fnr).

Au terme de la procession, les autorités de l’opposition se sont comme à l’accoutumée relayées au micro central pour déverser leur bile sur le régime de Macky Sall et « ses ouailles ».

Donnant le ton, Déthié Fall de Rewmi déclare: « Cette marche a été une grande satisfaction et une belle mobilisation de l’opposition. Nous avons initié cette marche pour nous dresser contre  les pratiques dictatoriales antidémocratiques du président de la République du Sénégal. C’est un président qui pose tous les jours des jalons pour l’affaiblissement et le recul de notre démocratie ».

 Vouloir maintenir Aly Ngouille Ndiaye comme organisateur de l’élection présidentielle, selon le coordonnateur de Rewmi, est un recul démocratique. Egalement, le fait d’utiliser le parrainage comme filtre pour choisir des adversaires à la présidentielle. Il en est de même, dit-il, quand il s’est agi de vouloir capitaliser la procédure judiciaire contre Khalifa Ababacar Sall pour le maintenir en prison. Poursuivant, Déthié Fall dénonce énergiquement le maintien en exil de Karim Wade.

Sécurisation du processus électoral : Decroix appelle les jeunes à s’organiser dans les quartiers

Saisissant la balle au rebond, Mamadou Diop Decroix  a fustigé la manière dont se déroule le processus électoral. Selon le leader d’AJ/PADS, il est inconcevable que Macky Sall gagne le scrutin présidentiel à venir dès le premier tour. Avant d’enchaîner: « Nous avons appelé la jeunesse à cette manifestation parce que cette élection, c’est celle de la jeunesse. 1 600 000 cartes de primo inscrits attendent  d’être distribuées. Ils ne veulent pas que la jeunesse vote. J’ai dit ici à la jeunesse que son avenir n’est pas de mourir dans le désert du Sahara, ni au fond de la Méditerranée. Mais, que son avenir est ici au Sénégal. » D’ailleurs, Mamadou Diop Decroix appelle les populations notamment les jeunes à s’organiser dans les quartiers pour sécuriser le processus électoral. « Que personne n’attende. Il faut descendre le terrain et faire face à Macky Sall. Cet avenir doit se construire en s’organisant dans les quartiers. Khalifa Sall va revenir devant la Cour suprême le 3 janvier et il faut  que l’on y soit par dizaine de milliers voire des centaines de milliers. Karim Wade va rentrer aussi, il faudra que les gens l’accueillent par millier pour imposer à Macky Sall la volonté populaire et pour des élections sincères. »

A son tour, le maire de Dieuppeul-Derklé n’a pas mis lui aussi la pédale douce. Pour une organisation libre et démocratique et des élections sans contestation, avance Cheikh Gueye, « il nous faut une personnalité indépendante ». Car, souligne-t-il, Aly Ngouille Ndiaye a fini de montrer ses lacunes et son incapacité à organiser l’élection. Il exige la mise à disposition de l’opposition du fichier électoral. « C’est cela qui garantit des élections libres et transparentes. Nous ne perdons pas espoir. Jusqu’au scrutin du 24 février, nous allons exiger cela parce qu’il y va de l’intérêt supérieur de la nation et de la stabilité de notre pays » clame l’édile de Dieupeul-Derklé, non sans demander à ce que Doudou Ndir et Cie quittent la CENA parce que leur mandat est arrivé à terme. « Si on ne les change pas qu’ils acceptent eux même de rendre le tablier et de partir », a-t-il conclu.

Seydina Oumar GUEYE et Seydina Bilal DIALLO

REACTIONS

OUMAR SARR, COORDONNATEUR DU PDS

« Aujourd’hui, c’est le dernier avertissement »

« C’est une mobilisation importante et imposante. Aujourd’hui, le peuple est encore sorti pour montrer sa détermination à obtenir une élection présidentielle transparente, une élection dans laquelle tous les candidats peuvent participer. C’est un signal fort. C’est le dernier avertissement. Nous nous sommes engagés. Nous avons montré dans la paix que nous voulons une élection transparente. Nous espérons des jours plus heureux, plus paisible pour ce pays. Nous avons travaillé à cela. Mais à l’impossible nul n’est tenu. (…) Nous demandons à rencontrer le président du conseil constitutionnel. Ce n’est pas encore le cas. Mais nous avons toujours dit que le parrainage est une espèce de parcours du combattant vicié dès le départ. Et aujourd’hui, les premiers résultats confirment ce que nous penons depuis le départ. C’est un traquenard pour l’opposition. »

BARTHELEMY DIAS, MAIRE DE MERMOZ SACRE-CŒUR

« Aly Ngouille Ndiaye est une personne irresponsable à nos yeux pour organiser l’élection présidentielle du 24 février 2019 »

« Ils (Ndlr : le pouvoir) ont par devers eux 1 600 000 cartes d’électeurs qu’ils ont confisqués. Ils font perdre à de nombreux citoyens particulièrement des milliers de jeunes, des primo votants leurs droits de vote. Ils confisquent les cartes et sabotent la distribution des cartes d’électeurs. Ensuite, il y a la volonté manifeste du régime en place de refuser la transparence dans le fichier électoral. Ils refusent de mettre le fichier en ligne en prétextant que la loi électorale stipule que le fichier doit être mis à disposition des candidats 15 jours avant le jour du scrutin. Donc, nous nous battons aujourd’hui pour que la carte électorale puisse être lisible et accessible à tous et pour tous. Que tout un chacun puisse savoir là où se trouve son bureau et son centre de vote. Par ailleurs, je pense que la personne du ministre de l’Intérieur pour organiser l’élection présidentielle de 2019 pose un sérieux problème. Le ministre de l’Intérieur est une personne irresponsable à nos yeux pour organiser l’élection présidentielle du 24 février 2019 de par son esprit partisan, clanique et bien sûr de par sa posture de militant de la mouvance présidentielle. »

( S.O GUEYE et S.B DIALLO )