BENEFICIANT DE L’ASSURANCE MALADIE DE LA NSIA: Trois employés de l’Ena en prison pour fraude sur des médicaments

Pour se faire de l’argent, trois employés de l’Ecole Nationale d’Administration (Ena), béné- ficiant d’une couverture médicale avec la Nsia Assurance, se sont fait établir près d’une centaine de fausses ordonnances, ont retiré des médicaments pour eux ou leurs épouses, chargé leurs complices établis à «Keur Serigne Bi» de les revendre dans le marché noir, avant d’empocher leurs parts de l’argent. Arrêtés par la Sûreté Urbaine (Su) de Dakar, ils se faisaient prescrire, entre autres, des médicaments pour personnes âgées par des médecins qui n’existent que dans leur imagination.

L’Ecole Nationale d’administration (Ena) étant liée à la Nsia

assurance par un contrat d’assurance maladie, les employés de cet établissement qui forment de hauts cadres peuvent retirer à leur profit et à celui de leurs ayants-droit (époux et enfants) des médicaments auprès des pharmacies agréées. Ces dernières leur font payer 20% des produits pharmeucetique. Profitant de cette couverture médicale, trois souscripteurs (chauffeur, agents de service) ont frauduleusement retiré des médicaments, pour les revendre dans le marché noir à Keur Serigne Bi. Ils ont été interpellés et conduits devant le Procureur par la Sûreté Urbaine (Su) de Dakar pour escroquerie, faux et usage de faux, vente illicite de médicaments et recel. Il s’agit de M H Niang, M Guèye, O Ndome, M Fall et A Niang. Les trois premiers sont des employés de l’Ena, les autres leurs présumés complices. Le 15 octobre 2018, la Nsia a saisi la Su. Lors d’un audit interne de la Nsia Assurance, le médecin inspecteur a remarqué chez les trois travailleurs cités une fréquence élevée de leurs prises de médicaments ainsi que des discordances dans la prescription par rapport à leur âge et l’inaccessibilité des médicaments prescrits. Les ordonnances incriminées concernent aussi bien les 3 suspects que leurs épouses. M H Niang et M Guèye ont produit chacun 39 ordonnances et O Ndome 14. De l’enquête menée par les auditeurs, il ressort que ce sont les trois suspects qui ont personnellement émargé sur certaines feuilles de déclaration de maladie ou d’accident devant leur permettre de retirer les médicaments. Les retraits ont été faits suite à la présentation de leurs cartes de santé.
Par ailleurs, M H Niang, né en 1981, a retiré des médicaments comme Xatral Lp le 11 Juin 2018 et le 26 Juillet 2018, alors que ce produit est prescrit normalement pour les sujets âgés ; pareil pour le Travatan Colyre et le Carteol Lp qui soignent le glaucome, également une pathologie des personnes âgées. Par ailleurs, lorsque la Nsia Assurance a voulu entrer en contact avec les prescripteurs, elle a vu que les ordonnances établies ne donnaient aucun renseignement, ni sur les adresses, ni sur les coordonnées téléphoniques. Ce qui fait que les médecins qui n’existent sans doute que dans l’imagination des suspects, sont restés introu- vables. Les mêmes constats ont été faits en ce qui concerne les deux autres mis en cause et leurs épouses respectives.

TOUTES LES ORDONANCESNANCES  ONT LA MEME ÉCRITURE AVEC DES SIGNATURES DIFFÉRENTES
Interrogé par la Nsia Assurance, M H Niang a reconnu qu’il se faisait établir des ordonnances fictives par l’intermédiaire de M Fall, dit Baye Fall, établi à «Keur Serigne Bi». Autre bizarrerie, pour toutes les ordonnances, il s’agit de la même écriture alors que les signatures sont différentes. Chauffeur à la Nsia, domicilié au quartier Afia sur la route de Boune, il a dit, pour se justifier, que pour gagner de l’argent en ces périodes de vaches maigres, il retirait des médicaments qu’il revendait à M Fall. Ce dernier se chargeait de confectionner les ordonnances à partir de leurs cartes de santé.
M Guèye, agent de service, né en 1978 à Dakar, a dit avoir fait la connaissance de M Fall par le biais de M H Niang.
Pour sa part, M Fall a aussi reconnu les faits. Les trois employés de l’Ena le sollicitaient souvent. Ils lui indiquaient les montants dont ils avaient besoin et lui remettaient leurs cartes de santé. Munis de ces documents, M Fall se faisaient établir de fausses ordonnances à «Keur Serigne Bi» auprès d’O Guèye et d’A Dia, puis récupérait les médicaments à la pharmacie avant de les revendre et de don- ner à ses présumés complices leur part de l’argent.
Devant les enquêteurs, O Guèye a prétexté des douleurs sciatiques dont il souffrirait pour justifier son implication. Il demandait à M Fall de se faire établir de fausses ordonnances, de retirer des médicaments, et de les vendre. Avec l’argent gagné, Fall payait à Guèye 20% du prix des médicaments dont il avait besoin pour se soigner, a-t-il ra- conté.
A Dia, de son vrai nom A Dieng, né en 1975 à Touba, vendeur d’eau, a nié toute activité de vente illicite de médicaments et d’établissement de fausses ordonnances. Mais l’exploitation de son téléphone portable a permis de découvrir des prises de vue de boîtes de médicament comme «Spasmotray 80» et «Vagimit», des demandes de noms de médicaments, prix, commandes de produits pharceutiques ainsi que des ordonnances au nom d’un certain M Ndiaye. Face à toutes ces preuves, A Dieng n’a eu d’autre choix que de reconnaître les faits.
O Guèye n’a pas encore été interpellé. Les investigations se poursuivent.

( Hadjia Diaw GAYE avec Toutinfo.net )