Abdoul BADJI l’EX-CHEF DÉ CABINET DU PRÉSIDENT: distribue de bons points à son candidat, enfonce Khalifa Sall et Karim Wade, recadre Ousmane Sonko et Atépa avant de faire la leçon à Me Alioune Badara Cissé (ABC)

Vingt ans au service de Macky Sall comme chef de Cabinet, Abdoulaye Badji connaît bien l’actuel président de la République à qui il voue une loyauté inaltérable, que même son remplacement par Moustapha Diakhaté au Cabinet n’a pas entamé. Devenu ministre conseiller personnel du président de la République, il sort de temps en temps de l’ombre, mais se détache difficilement de son langage châtié. Dans cet entretien à bâtons rompus avec «L’As», le Trésorier de l’Apr et patron de la mouvance présidentielle dans le département de Bignona, se dévoile. Il distribue de bons points à son candidat, enfonce Khalifa Sall et Karim Wade, recadre Ousmane Sonko et Atépa avant de faire la leçon à Me Alioune Badara Cissé (ABC).

L’As : Vous faites partie des fidèles compagnons du président de la République. A quand remonte votre rencontre ?

ABDOULAYE BADJI: J’ai connu le président de la République dans le champ politique, mais on s’est connu vraiment en 1998, durant la crise au sein du Pds. A l’époque, le secrétaire général Abdoulaye Wade a reconstitué son secrétariat national dans lequel j’ai eu la chance d’être. Macky Sall qui y était déjà a été reconduit. Mais cette fois-ci, il lui avait confié la Cellule d’Initiatives et Stratégies (Cis). Je me suis volontairement présenté à lui, pour participer à la mise en place de cette structure. Comme je voulais quelque chose d’actif, j’ai spontanément offert mes services. On a travaillé jusqu’à la victoire du Président Wade en 2000. Il m’a fait l’honneur de me nommer chef de Cabinet quand il a été nommé ministre des Mines et de l’Energie et de l’Hydraulique.
Vous l’avez également suivi à la Primature?
Oui effectivement ! Mais avant cela, il a été ministre de l’intérieur. On est parti du ministère de l’Intérieur au bout de 8 mois. Il m’a également fait l’honneur d’être son chef de cabinet.
Après 20 ans de collaboration, il vous a déchargé du poste. Avez- vous des remords?

Je n’ai jamais eu de remords, parce
que j’ai toujours été un collabora- teur loyal au service de celui en qui les Sénégalais ont placé leur confiance. Donc, c’est lui qui apprécie l’apport de tout un cha- cun. De toute façon, on est dedans et on est occupé à quelque chose.

Est-ce que ce n’était pas une sanction par rapport à votre défaite à Bignona lors des locales de 2014?
Non, cela n’a rien à voir. Si c’était une sanction, il la pendrait au même moment. Ce n’est pas lié parce que notre compagnonnage date de très longtemps. Nous nous connaissons bien. C’est dans son mode de fonctionnement et dans son management des ressources dont il dispose.
Vous étiez là durant de la traversée du désert de Macky Sall.
Comment avez-vous vécu cette période?

C’était quelque chose de très regrettable. C’était un Premier ministre, donc même s’il a quitté la fonction, il méritait des égards. En voulant le fouiller, il y avait une volonté de l’humilier. Moi personnellement, j’ai mal vécu cela.
En tant que chef de cabinet du chef de l’Etat, vous n’avez jamais été visible, contrairement à votre prédécesseur Pape Samba Mboup. Est-ce une option ?
D’abord, je ne suis pas habitué à être très expansif. A mon avis, seul le Président peut savoir si je fais mon travail normalement en tant que chef de Cabinet. Et à ce niveau, j’estime qu’il a eu satisfaction par rapport à la mission qui a été la mienne.
On vous a rarement entendu parler du bilan de Macky Sall. Dans votre département de Bignona, qu’est ce que vous pouvez « vendre» aux populations de la Csamance?
J’ai souvent dit que le Président a un bilan élogieux. Par rapport au bilan que l’on peut vendre aux populations, il y a beaucoup de réalisations qui ont été faites dans la région de Ziguinchor et dans le département de Bignona en parti- culier. Un grand programme de désenclavement routier est en cours. Aussi, il y a un grand programme d’électrification rurale et hydraulique sans compter ce que le Président a fait en direction des couches défavorisées de notre société. Il y a la bourse de sécurité familiale et la Cmu qui soulagent beaucoup de familles. Il y a également de grands investissements au niveau de l’éducation avec la construction de Lycées et de Collèges. Il y a vraiment un ensemble de choses que le Président a réalisées au niveau du département de Bignona. Aujourd’hui en plus de cela, nous avons la boucle de Kanounai qui va être lancée, nous avons aussi la boucle de Fogny. Toutes ces réalisations font que nous n’avons pas de difficultés à communier avec les populations sur les réalisations du Président parce que déjà elles sont en train d’en bénéficier.
Le candidat Atépa parle du chemin de fer Tambacounda/Ziguinchor. Est-ce un projet pertinent ?
Oui. Cela peut concourir à désenclaver et rapprocher le Sud du reste du pays. Mais, il faut classifier certaines réalisations par priorité. Ce chemin de fer, s’il voit le jour, ce sera une bonne chose. Comme le Président Macky Sall a l’habitude de nous surprendre, il n’est pas impossible qu’il puisse en faire un objectif. L’intégration nationale doit commencer d’abord par la continuité territoriale. Ce n’est pas utopique. C’est possible. Donc, je pense que c’est parfaitement possible.
La Casamance aura au moins trois de ses fils face au Président : Ousmane Sonko, Atepa et de Abdoulaye Baldé. N’est ce pas inquiétant pour vous ?
Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Landing Savané a été candidat au moins une fois. Notre grand frère Robert Sagna a été également candidat à la présidentielle. Il constituait même une plus grande menace que ceux que vous venez d’énumérer. Par exemple, Baldé ne compte quasiment rien dans le département de Bignona qui est très significatif dans la région de Ziguinchor. C’est 70% du territoire et autour de 60% de la population. Pierre Atepa doit se faire connaître, parce que la politique ne s’improvise pas. Il ne faut pas attendre à 6 mois des élections pour aller à la conquête des suffrages des Sénégalais. Certes, Sonko est de la Casamance, il est en train de bouger, mais nous avons constaté qu’il ne constitue pas une menace comme les gens le disent. Nous sommes du terroir et nous savons jusqu’à quel niveau les lignes ont bougé. Pour la prochaine présidentielle, la région de Ziguinchor n’est pas menacée a fortiori le département de Bignona. C’est clair et net.
Surtout avec l’arrivée de Mamadou Lamine Keita?
Ce n’est pas particulier, parce que c’est comme si il est venu changer fondamentalement les choses. Lors du référendum, il n’était pas là, mais Benno a gagné. Maintenant qu’il est venu, c’est un plus. D’ailleurs, il n’est pas le seul, car il y a l’ex-députée Khady Diédhiou qui a rallié et le maire Yankoba Sagna qui était parti et qui est revenu. Depuis 2012, nous gagnons régulièrement à Bignona.
Beaucoup pensent que si Karim Wade et Khalifa Sall ont été emprisonnés, c’est juste parce qu’ils sont des menaces contre votre candidat. Qu’en pensez- vous ?
Ce n’est pas la bonne formule de dire que nous avons emprisonné tel ou tel candidat. Khalifa Sall s’est retrouvé en prison pour des fautes de gestion. La Justice a été saisie et a prononcé sa condamna- tion. Pour le cas de Karim Wade, nous avons assisté aux grands débats sur l’Anoci et vu son rapport avec les deniers publics. C’est pourquoi il s’est retrouvé dans la situation qu’il traverse.
Le ministre de Justice a agité la condamnation de Karim Wade à payer plus de 130 milliards Fcfa comme un épouvantail pour l’empêcher de rentrer au Sénégal. N’est ce pas du chantage ?
Il a été condamné et a l’obligation de payer des sommes d’argent. S’il revient, la contrainte par corps va s’exercer. A moins qu’il vienne avec tout ce qu’il faut pour pouvoir se soustraire de la Justice. C’est ce que le ministre de la Justice a voulu dire.
Avez-vous pris part aux réunions nocturnes au palais avec des magistrats dans le cadre de l’affaire Karim Wade et du dossier de Khalifa Sall?
Je n’ai jamais eu vent des réunions qui se sont tenues ici avec des magistrats. En plus, nous devons de les respecter parce que le métier de magistrat n’est pas ordinaire. Je doute fort qu’ils puissent admettre être dans des scénarii du genre pour condamner quelqu’un. Cela a été démenti. Donc, je n’y crois pas. Les faits pour lesquels Khalifa a connu des déboires, les Sénégalais les connaissent et ils n’ont jamais été démentis. La Justice ne s’accommode pas de certaines choses. Elle se base sur les textes.
En tant que chef de cabinet pendant six ans, avez vous senti l’implication de la famille du Président dans les affaires de l’Etat ?

J’ai eu la chance d’être avec lui depuis le début. Je fais partie des plus anciens. Je peux apporter un témoignage qu’il faut retenir et je prends cas par cas. C’est vrai que lorsqu’on était au Pds, son jeune frère Aliou Sall n’y était pas. Mais au fil du temps, il s’est rapproché du parti, il n’a ménagé aucun effort. Il a mis à contribution ses moyens et ses capacités intellectuelles. Pour le cas de la Première Dame, il faut admettre que ce n’est pas quelqu’un qui est venue comme ça au pouvoir. Si vous vous rappelez la marche du 2 février 2000, Mme Sall était avec nous de Colobane jusqu’en ville. Je l’ai connue ce jour-là. Cela explique sa légitimité. Mansour Faye fait partie de ceux qui ont accompagné Macky Sall depuis le Pds. Lui aussi s’est investi. Il avait son business, mais il s’est impliqué à tout point de vue. La vérité est historique. Ils ont milité comme moi. Pourquoi on ne me pointe pas du doigt?
A quelques mois de la Présidentielle quels candidats constituent une menace pour la réélection du Président de la République? Idrissa Seck, Sonko…
Il n’existe pas menaces, parce que Macky Sall sera réélu au premier tour. Il n’y a rien qui puisse empê- cher cela.
Comment comptez vous mathématiquement gagner au 1er tour avec la région de Dakar qui polarise 60% de l’électorat et Touba qui est restée souvent fidèle au Pds?
N’oubliez pas que lors des législatives, Benno a gagné Dakar. Il n’y a pas de raison que cela se passe autrement. Autrement dit, si même on devait perdre, ce se serait par une courte longueur.
Vous semblez déconnecté de la réalité pour être aussi optimiste….
La demande sociale est éternelle. Les besoins sont universels et appartiennent à toutes les époques. Les problèmes c’est de lutter à atténuer cela. L’idée serait d’éradiquer la pauvreté. La demande sociale existe partout en France, Etats Unis. La question c’est comment on la gère. L’Etat, dans sa politique essaie de pren- dre cela en charge. Ce que vous appelez les fonds sociaux sont gérés dans des structures dédiées.
Vous gérez maintenant les fonds de l’Apr et vous avez récemment acheté une perma- nence dans des conditions jugée opaques. Qu’en est-t-il? Ce terrain, on l’a acheté au niveau de Dakar Dem Dikk. Des terrains étaient mis en vente et nous avons pu en bénéficier. Nous l’avons acquis à un prix vendu à tout le monde. Alors que pour certains partis, il suffit de morceler et de prendre. Nous l’avons acheté au prix où ça été vendu à tout le monde. Le chantier est cours. Ce sont des contributions des membres du parti et des bonnes volontés. Moi qui vous parle, j’ai contribué pour deux millions. Le Président a contribué d’une manière significative.
Comment analysez-vous les sorties du Médiateur Me Alioune Badara Cissé?
Nous n’apprécions pas beaucoup ses sorties, mais c’est un frère de parti. L’objectif est que l’on conti- nue à élargir le parti. Mais, il y a des attitudes qui ne sont pas favorable au parti. Je vais lancer un appel au médiateur pour lui dire que l’Apr est sa famille.

Il en est même le géniteur?

En quoi il est le géniteur? Puisque il n’a pas dit en quoi il est le géniteur, je ne vais trop m’épancher sur ça. En tout cas, nous devons l’Apr au Président Macky Sall, parce que c’est lui le géniteur.
On agite la révocation de Abc, qu’en pensez-vous?

Nous sommes au service du Président Macky Sall. Nous sommes dans un régime présidentiel. Ce n’est pas sa volonté ce n’est pas la mienne, c’est le fait de notre système politique. Le Président de la République est la clé de voûte de nos institutions. Lui seul est en mesure de dire ce qu’il y a de mieux à faire pour garantir la bonne marche de l’Etat. Si c’est la révocation, ce sera ça, et si c’est autre chose aussi, ce sera ça.

( Entretien réalisé par Amadou BA Red en Chef « L’AS », Toutinfo.net )