Droit à l’avortement en Argentine : « Ce vote est une honte. Les sénateurs n’ont rien compris »

Activists in favour of the legalization react outside the National Congress in Buenos Aires on August 9, 201 8while senators vote the abortion bill. Argentine senators on Thursday voted against legalizing abortion in the homeland of Pope Francis, dashing the hopes of women's rights groups after the bill was approved by Congress's lower house in June. According to an official tally, 38 senators voted against, 31 in favor, while two abstained. - / AFP / EITAN ABRAMOVICH

Les sénateurs argentins se sont prononcés, jeudi matin, contre la légalisation de l’IVG mais le camp prochoix se félicite d’avoir fait avancer sa cause.

Le Sénat argentin a raté le rendez-vous avec l’histoire. Cette fois, la pression de la rue n’aura pas suffi. Malgré les centaines de personnes (2 millions, selon les organisatrices) bravant la pluie et le froid dans Buenos Aires, malgré, également, la pression internationale, seuls 31 sénateurs ont voté pour la légalisation de l’avortement, aux premières heures du jeudi 9 août, et 38 ont voté contre« Il faut plutôt dire qu’ils ont voté pour l’avortement clandestin,fustigeait l’actrice Alejandra Flechner, en marge d’une conférence de presse de l’Association des actrices argentines, qui se sont beaucoup mobilisées pour le projet. Ce vote est une honte. Les sénateurs n’ont rien compris, ils ont méprisé deux millions de personnes dans la rue, mais le coût politique sera énorme pour eux. » Des incidents mineurs ont éclaté à la fin du rassemblement, vers 3 heures du matin, et huit personnes ont été arrêtées.

Punir ces « dinosaures » lors des prochaines élections d’octobre 2019, tel était le mot d’ordre chez les militantes prochoix après le vote des sénateurs, jeudi matin, faisant suite à seize heures de débats. « Cette journée a rendu évident le hiatus entre le Sénat, réactionnaire, et la population, qui est majoritairement acquise à la légalisation de l’avortement, soutient la journaliste Ximena Schinca. La différence entre la mobilisation dans la rue et ce qui s’est dit dans l’hémicycle est flagrante. »

Une des dernières oratrices a été l’ancienne présidente Cristina Kirchner (2007-2015), qui s’est toujours dit opposée à la légalisation de l’avortement, mais a voté pour. Pendant ses deux mandats, le projet a été présenté six fois, en vain. Elle a attribué son changement aux « milliers de jeunes filles qui sont sorties dans la rue ».

« Dépénalisation sociale »

Le texte de loi qui prévoyait le libre recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à la quatorzième semaine de gestation, a par ailleurs mis en évidence des divisions au sein de la coalition au pouvoir, après le vote historique des députés en faveur de la loi le 14 juin.

Mais les militantes de la Campagne nationale pour le droit à l’avortement, ce collectif de 500 ONG à l’origine du projet de loi, ne s’avouent pas vaincues. « Cela fait treize ans que la Campagne existe, et nous n’avions jamais réussi à aller aussi loin, explique une de ses membres, Martha Rosenberg. Nous avons déjà obtenu une chose : la dépénalisation sociale de l’avortement, la majorité des Argentins sont pour, et ce n’est qu’une question de temps à présent, pour que notre projet soit voté. »

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