MAMOUR CISSE, LEADER DU PSD/JANT BI «La pénurie d’eau ne sera pas réglée

Membre de l’opposition et leader du Psd/Jant Bi, Mamour Cissé braque ses projecteurs sur la présidentielle de 2019 et se laisse aller à quelques pronostics. Analysant la situation nationale, l’ancien ministre d’Etat sous Wade s’émeut profondément des nombreux cas de noyades enregistrés depuis deux mois et juge carent le Gouvernement dans sa gestion de la pénurie d’eau à Dakar et sa banlieue. Entretien.

NOMBREUX CAS DE NOYADES : LA RESPONSABILITÉ DE L’ETAT ENGAGÉE

Quarante-trois (43) personnes mortes par noyade en l’espace de deux mois, c’est une chose extrêmement grave qu’on ne peut pas comprendre. Cette tragédie s’explique essentiellement par le fait qu’on a privatisé toutes les plages du Sénégal et de Dakar. Celles qui ne sont pas privatisées constituent la porte d’entrée à toutes sortes de dangers. Ou c’est la pollution, ou il s’agit de zones carrément interdites à la baignade. Je trouve que la responsabilité de l’Etat est engagée dans cette affaire. D’autant que tout le littoral de Dakar est occupé par des hôtels et des restaurants à n’en plus finir. Qui a délivré ces autorisations ? La réponse coule de source. Par conséquent, la responsabilité de l’Etat est pleine et entière sur ces morts d’hommes. Que les responsabilités soient situées, parce qu’il est impensable d’exposer de cette manière la vie de nos jeunes. De l’aéroport de Dakar jusqu’à Terrou Bay Sogui, toutes les plages soient privatisées. Idem à Diamalaye. Nous sommes en vacances et les jeunes sont obligés, compte tenu de l’étroitesse des maisons, d’aller dans les plages. L’Etat du Sénégal ne doit pas accepter que les plages qui appartiennent à tous les Sénégalais soient exclusivement entre les mains de Jean ou de Paul. C’est scandaleux et inhumain. C’est la raison pour laquelle, il faut soutenir les combats de gens comme Moctar Ba et Pierre Goudiaby Atepa qui se battent pour permettre aux Sénégalais de pouvoir bénéficier pleinement de leur littoral. L’Etat doit légiférer sur cette affaire. Que l’Assemblée Nationale crée aussi une commission d’enquête pour éclairer la lanterne des populations sur cette affaire.

LA PENURIE D’EAU DANS DAKAR NE SERA PAS RÉGLÉE AVANT SIX MOIS

On a l’habitude de dire que gouverner, c’est prévoir. C’est pourquoi, je ne m’explique pas une situation pareille. Quelles dispositions particulières ont été prises pour nous permettre d’avoir de l’eau à suffisance et dans les conditions d’hygiène absolue ? Nous avons entendu aussi bien le ministre de l’Hydraulique, que le directeur général de la Sde et son collègue de la Sones évoquer des problèmes de pièces en Y et W. Mais jusqu’à présent, ils n’arrivent pas à décanter la situation. Avant-hier, on a entendu le président de la République dire que les choses vont s’améliorer d’ici la fin de l’année. Gouverner, c’est prévoir. Malheureusement, il se trouve que le parent pauvre de ce gouvernement, c’est le ministère du Plan qui, pourtant, permet d’avoir une prospective, de dégager des préoccupations de court moyen et d’agir par rapport aux perspectives. Ensuite, le gouvernement fait face à un sérieux problème de trésorerie. En effet, il lui faut de l’argent et beaucoup d’argent. Pour régler durablement le problème d’eau à Dakar, il ne faut pas moins de 500 à 600 milliards Fcfa. Cependant, le gouvernement n’est pas dans les conditions de pouvoir dégager 500 milliards Fcfa. Ce qui fait que le problème d’eau ne se règlera pas avant la présidentielle de 2019. Actuellement, je doute fort qu’on puisse mobiliser le montant qu’il nous faut en si peu de temps. N’oubliez pas que, récemment, l’Etat a fait un emprunt obligataire de plus de 1000 milliards Fcfa. C’est pourquoi, je défie les autorités étatiques de me dire où est-ce qu’elles vont trouver les 500 milliards Fcfa nécessaires pour résoudre le problème d’eau dans la capitale. Il nous faudra au moins six mois pour avoir une constance sur la qualité et le débit de l’eau à Dakar. Pourtant, le président de la République disait que 2018 allait être une année sociale. Le paradoxe, c’est qu’au moment où on parle d’année sociale, on prive l’essentiel de la population d’eau. D’autant que 54% de la population sénégalaise est sans eau. Et chaque jour que Dieu fait, le régime donne des engagements qu’il ne respecte pas.

LE DIFFÉREND AUCHAN/UNACOIS

Il se pose un problème sur la réappropriation de nos actifs publics. Les membres de l’Unacois, qui dénoncent l’installation du groupe dans notre pays, sont dans leur rôle. J’ai toujours dit que les nationaux devaient être au cœur de l’activité économique du pays. Donc pour le cas d’espèce, l’Etat du Sénégal doit avoir une volonté politique de placer l’Unacois et ses membres au cœur du commerce. Pour cela, il doit les mettre dans les conditions de pouvoir moderniser leur outil de travail, permettre à leurs adhérents d’être dans les standards internationaux de la grande distribution. A cet effet, je propose que le Cosec (Conseil Sénégalais des Chargeurs), structure dont l’Unacois fait partie des membres fondateurs, de subventionner à hauteur de 2 milliards Fcfa, ce qu’on appelle une caisse de restructuration du secteur alimentaire. Parallèlement, il faut que l’Etat du Sénégal puisse imposer des patentes à tout étranger qui veut ouvrir une boutique dans le pays. A Dakar par exemple, sur 100 boutiques, les 90 sont détenues par des étrangers. A supposer qu’il y a 10.000 boutiquiers à Dakar, le fait de les fiscaliser à 400.000 Fcfa par personne, en plus de ceux qui sont dans les régions, on se retrouvera facilement entre 4 et 6 milliards de Fcfa. Cette somme ajoutée aux 2 milliards Fcfa de subvention du Cosec, on aura 8 milliards qui permettront à l’Unacois de moderniser ses entreprises en les stabilisant et de trouver des partenaires étrangers. Ce qui pourra lui permettre d’investir dans la grande distribution.

PRÉSIDENTIELLE 2019 : LE PARRAINAGE CRÉÉ PLUS DE PROBLÈMES QU’IL N’EN RÉSOUT

Je trouve que les conditions minimales d’une bonne tenue des élections ne sont pas réunies. Tout d’abord, il se pose d’énormes problèmes de sécurité à Dakar. Malheureusement, celui à qui on a confié la sécurité du pays, en l’occurrence Aly Ngouille Ndiaye, a d’autres préoccupations : c’est la réélection de son candidat. Je ne peux pas ne pas m’inquiéter parce que l’organisateur des élections est partisan et a dit que sa préoccupation est de réélire Macky Sall. Ce qui se fera au détriment de notre sécurité. Un nombre impressionnant de motos sans plaque d’immatriculation circule actuellement à Dakar. Toutes les conditions sont réunies pour que les gens agressent sans être inquiétés. A mon avis, Aly Ngouille devrait être cantonné à s’occuper de la sécurité et de l’administration territoriale. A l’instar de ses prédécesseurs, Macky Sall doit nommer quelqu’un de plus neutre pour l’organisation d’élections. L’autre problème est relatif à la fiabilité du fichier électoral. Actuellement, on ne sait pas à quel fichier se fier. D’après les résultats de l’audit mené par l’Union Européenne, il y a deux fichiers. Les recommandations faites par l’Union Européenne sont ignorées. A six mois de la présidentielle, on ne sait pas à quel fichier se fier. L’on dit qu’il y a 1.500.000 cartes d’identité qui ne trouvent pas preneurs. Celui qui est à la Direction de l’Automatisation du Fichier (Daf) est toujours maintenu alors qu’il devait partir à la retraite depuis longtemps. A quelle fin est-il maintenu ? A huit mois de cette élection cruciale vers laquelle nous nous acheminons, les règles du jeu ont été changées. Le code consensuel de 1992, qui a permis deux alternances d’abord en 2000 d’abord, et ensuite en 2012, a été mis aux oubliettes. A la place, on nous a imposé un parrainage qui va nous apporter plus de problèmes qu’il n’en résout. On demande aux candidats d’avoir 2000 signatures dans 7 régions, ce qui fait 14.000 signatures. Si trente personnes présentent leur candidature et qu’elles obtiennent les 14.000 signatures, cela posera problème. Comment être sûr qu’une personne qui vous parraine à Pikine figure sur les listes de Pikine. Ce qui veut dire qu’il y a des préalables à régler avant d’initier le parrainage. D’autres parts, le code électoral n’est pas bon, parce qu’il n’y a pas eu de dialogue. On impose aujourd’hui le parrainage alors que beaucoup de préalables ne sont pas réglés. Si nous nous retrouvons avec 30 candidats, comment on va pouvoir justifier cela. Rien n’augure que le 24 février prochain, il n’y aura pas de contestation. UnITé DE L’OPPOSITIOn Le scrutin du 24 février 2019 ne sera pas une promenade de santé pour Macky Sall. Cela dit, j’invite l’opposition à être unie sur l’essentiel. Qu’il y ait une multitude de candidatures au sein de l’opposition, c’est une excellente chose. Mais sur l’essentiel, nous devons agir, réagir et frapper ensemble. Nous devons mutualiser nos énergies et nos efforts. L’idéal c’est qu’on ait une multitude de candidatures, parce que l’avantage c’est qu’on va emmerder le pouvoir qui ne pourra pas être dans les conditions matérielles d’organiser quelque-chose. Au niveau de l’opposition, je souhaite qu’on dépasse nos égos et qu’on puisse se réunir de temps en temps et discuter du devenir du pays. Rien ne prouve que ces gens-là ne vont pas s’autoproclamer vainqueurs dès le premier tour. Nous devons une fois ou deux fois dans le mois nous retrouver, par exemple, au siège de Bokk Gis-Gis et qu’Idrissa Seck, Pape Diop, Oumar Sarr, Abdoul Mbaye, Ousmane Sonko, Malick Gackou, Mamadou Diop Decroix, Mamour Cissé, Haguibou Soumaré et Boubacar Camara soient présents. Il faut que les leaders de l’opposition se retrouvent chaque mois autour d’une même table, discutent et arrêtent une décision commune. C’est le prix à payer pour nous permettre d’amener Macky Sall au deuxième tour. Si on ne le fait pas, ce ne sera pas possible.

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