Durant ces 8 ans, nous avons perdu au moins deux milliards Fcfa par an, concernant la copie privée. Nous avons perdu 300 à 400 millions Fcfa venant des télévisions

«Au Sénégal, la musique est à l’agonie»
Groupe de folk acoustique, composé de trois frères (djiby, cheikh et Alioune), «les frères Guissé» ont su s’imposer sur la scène musicale sénégalaise. révélés au public en 1995 avec leur fameux tube «Fama», ils ont marqué de manière indélébile la musique avec l’arrivée en 1999 de leur morceau fétiche «siré». depuis lors, le groupe poursuit son petit bonhomme de chemin. Après dix ans d’absence sur la scène nationale, ils reviennent sur le marché avec deux produits.

Cela fait dix ans que vous n’avez pas sorti d’album. peut-on savoir les raisons de cette longue pause ?
C’est un choix personnel des «Frères Guissé» de rester dix ans sans sortir d’album purement «Frères Guissé ». Mais, à coté nous avons fait des albums de collaboration. Nous avons sorti trois albums internationaux de collaboration avec d’autres musiciens, deux musiciens en Hollande et un musicien qui est le plus connu en Slovénie. L’année dernière en automne, nous avons sorti avec ce dernier un album qui a été très bon. Entre temps, nous sommes allés en Chine, pour quatre mois, afin de découvrir d’autres cieux. «Les frères Guissé», c’est un groupe qui bouge beaucoup et qui fait les scènes internationales. On fait une musique très dépouillée, qui n’est pas encombrante et qui a une couleur internationale. Cela, qu’est-ce qu’on peut vendre Sénégal ? Les CD ne se vendent plus. La musique se vend très difficilement. C’est la raison pour laquelle, nous neommes pas très souvent au Sénégal.

Mais vous n’avez pas oublié quand même vos fans Sénégal. Que leur préparez-vous ?

Actuellement, nous avons enre- gistré deux produits. L’un est purement acoustique et il est réalisé exclusivement par «Les Frères Guissé». Dans l’autre, nous avons fait appel à des musiciens accompagnateurs qu’on appelle Big Band. Cet album regroupe donc «Les Frères Guissé» et un orchestre électrique. Donc, ce sont deux albums différents, mais nous sommes en train de voir si nous pouvons les regrouper en un seul album. D’autant que cela fait presque une dizaine d’année que nous n’avons pas sorti d’album. Insha-Allah, l’album sortira avant la fin de l’année. Et il y aura des clips pour accompa- gner sa sortie et sa promotion.

A quoi ressemblera-t-il?

L’album sera très riche en cou- leurs. Nous y abordons beau- coup de thèmes aussi différents les uns que les autres. Nous abordons l’éternel sujet de l’émigration, trop de jeunes meurent en mer et en plus, la vie en Europe n’est pas vraiment ce qu’ils espèrent. Les Africains souffrent en occident. Malgré er d’une façon considé- rable au développement de leurs pays. Il faut aller à l’inté- rieur du pays pour voir ce que les émigrés ont réalisé. Nous chantons également le cousi- nage à plaisanterie entre sérère, Pulaar et toutes les autres eth- nies. Ce fait de société nous a permis d’asseoir une cohésion entre ethnies au Sénégal. Ailleurs, des conflits entre eth- nies ont été à l’origine de beau- coup de drame. On a un acquis qu’il faut préserver. C’est pour cela qu’on a fait un remix de la chanson  » sérère diamou tou- couleur » que les gens appré- cient beaucoup. Le clip même de ce morceau, on l’a tourné à Joal devant chez Senghor. Nous avons chanté l’amour, les enfants, mais on a insisté sur la protection et bien d’autres thèmes aussi. Nous ne chantons pas pour chanter, nous chantons pour jouer un rôle de sensibili- sation.

vous vous produisez souvent dans les pays de l’europe de l’est. Qu’est-ce qui vous lie à ces pays ?
Nous avons choisi l’Europe de l’Est parce que c’est un paysage «vierge». La musique africaine n’y est pas trop connue. Quand on va là-bas, c’est une décou- verte pour eux. C’est pareil lorsque nous nous rendons en Chine. Ces peuples commencent à adorer la musique africaine. En Europe de l’Ouest, si on prend le cas de la France qui est un pays très ouvert, le marché est saturé. L’Allemagne et l’Italie ne sont pas trop ouvertes à la musique africaine. Pour que l’Afrique puisse s’en sortir, il faut des partenariats culturels entre les Etats.

Quel diagnostic faites-vous de la situation musicale au sénégal ? nourrit-elle son homme ?
La musique est actuellement à l’agonie. Il n’y a pas d’industrie musicale. La réussite de 5% de musiciens ne constitue pas la réussite de la musique. Si on a la chance d’aller monnayer son talent à l’étranger, il faut la sai- sir. Actuellement au Sénégal, la musique ne nourrit pas son homme. Je le dis en connais- sance de cause. Les acteurs culturels sont en train de souffrir. Donc, ils doivent s’organiser eux-mêmes pour s’en sortir. Nous nous sommes battus, nous avons une loi. Mais dommage que le décret d’application detout, cette diaspora parvient à participer d’une façon considé- rable au développement de leurs pays. Il faut aller à l’intérieur du pays pour voir ce que les émigrés ont réalisé. Nous chantons également le cousinage à plaisanterie entre sérère, Pulaar et toutes les autres eth- nies. Ce fait de société nous a permis d’asseoir une cohésion entre ethnies au Sénégal. Ailleurs, des conflits entre ethnies ont été à l’origine de beaucoup de drame. Oui n a un acquis qu’il faut préserver. C’est pour cela qu’on a fait un remix de la chanson  » sérère diamou tou- couleur » que les gens apprécient beaucoup. Le clip même de ce morceau, on l’a tourné à Joal devant chez Senghor. Nous avons chanté l’amour, les enfants, mais on a insisté sur la protection et bien d’autres thèmes aussi. Nous ne chantons pas pour chanter, nous chantons pour jouer un rôle de sensibili- sation.

vous vous produisez souvent dans les pays de l’europe de l’est. Qu’est-ce qui vous lie à ces pays?

Nous avons choisi l’Europe de l’Est parce que c’est un paysage «vierge». La musique africaine n’y est pas trop connue. Quand on va là-bas, c’est une découverte pour eux. C’est pareil lorsque nous nous rendons en Chine. Ces peuples commencent à adorer la musique africaine. En Europe de l’Ouest, si on prend le cas de la France qui est un pays très ouvert, le marché est saturé. L’Allemagne et l’Italie ne sont pas trop ouvertes à la musique africaine. Pour que l’Afrique puisse s’en sortir, il faut des partenariats culturels entre les Etats.

Quel diagnostic faites-vous de la situation musicale au sénégal ? nourrit-elle son homme ?
La musique est actuellement à l’agonie. Il n’y a pas d’industrie musicale. La réussite de 5% de musiciens ne constitue pas la réussite de la musique. Si on a la chance d’aller monnayer son talent à l’étranger, il faut la sai- sir. Actuellement au Sénégal, la musiqune nourrit pas son homme. Je le dis en connais- sance de cause. Les acteurs cul- turels sont en train de souffrir. Donc, ils doivent s’organiser eux-mêmes pour s’en sortir. Nous nous sommes battus, nous avons une loi. Mais dommage que le décret d’application de cette loi, qui a été votée en 2008 à l’Assemblée Nationale, ne soit intervenu qu’en 2016. Cela signifie que nous sommes restés huit ans sans que la loi ne soit effective. Durant ces huit années, nous avons perdu au moins deux milliards Fcfa par an, concernant la copie privée. Nous avons perdu 300 à 400 millions Fcfa venant des télévi- sions. Un certain pourcentage des revenus publicitaires doit revenir aux artistes. La loi a tardé à être appliquée, nous attendons la copie privée. Les artistes vivent dans une «préca- rité silencieuse» qui fait que beaucoup d’entre eux quittent le pays et vont s’implanter en Europe. Il faut que les artistes prennent leurs responsabilités, qu’ils engagent le combat pour que la loi puisse porter ses fruits. Pour se faire respecter, il faut s’organiser et arrêter de pleurnicher. Il appartient à la justice de faire appliquer la loi. Le plus dur a été d’avoir cette loi. Maintenant, il appartient aux acteurs culturels dans leur ensemble (peintres, danseurs, comédiens etc.), de s’organiser pour qu’elle puisse être respec- tée. Beaucoup d’artistes meu- rent souvent dans des condi- tions pitoyables. On ne sait pas combien d’artistes sont tombés malades sans avoir de quoi se faire soigner. Pourtant, on a de l’argent qui dort. Il s’agit des pourcentages prélevés sur tout ce qui sort des produits de la musique et qu’on doit nous virer. Nous voulons la création d’une banque culturelle où, quand on a un projet, une partie va être subventionnée et l’autre remboursée par l’acteur culturel lui-même pour qu’il y ait une rotation financière au niveau de la banque. Pour que la culture puisse respirer, il faut une banque culturelle. Par exemple, un artiste qui veut aller en tour- née peut approcher cette banque pour un prêt afin de payer les billets d’avions des musiciens, et à son retour il rembourse. Le ministère de la Culture ne peut pas appuyer tous les artistes sur les gros pro- jets qu’ils ont quotidiennement.
votre musique renvoie beau- coup à vos origines peulh. croyez-vous à l’ouverture ? Nous sommes très ouverts, rai- son pour laquelle nous avons introduit beaucoup d’instru- ments occidentaux dans notre musique. Nous avons pris des instruments occidentaux, mais nous jouons dans l’esprit afri- cain. Nous avons voulu imposer une couleur africaine à notre musique. On ne peut pas se per- mettre de jouer comme des Américains, sinon on ne ferait rien de spécial. Or c’est la singu- larité de tout un chacun qui fait l’originalité de la musique. Nous transposons la manière de jouer avec nos instruments tradition- nels sur la guitare. La musique Blues américaine vient de la pentatonique peulh. L’homme a besoin de différence. L’art c’est la particularité et l’originalité. L’identité artistique doit être le socle de toute carrière musicale. Nous sommes des Halpulaars nés à Dakar. Nous sommes à cheval entre notre culture pulaar, la culture wolof et la cul- ture urbaine. Ce sont des influences qui nous viennent de partout, c’est cela notre chance. Nous n’avons rien emprunté. Et nous tenons beaucoup à la conservation de notre identité culturelle.
la musique acoustique ne remplit pas les grandes salles à l’image de la musique popu- laire mbalax. comment expli- quez-vous cela ?
Au Sénégal, il n’y a plus de salles pour les spectacles, car les taxes à payer s’élèvent à 35%. Les musiciens ne peuvent pas orga- niser seuls les spectacles. Ils comptent beaucoup sur le sou- tien privé. Sans le parrainage, on ne peut pas organiser un specta- cle au Grand Théâtre où la loca- tion s’élève à 5 millions Fcfa. Nous, nous ne comptons pas sur les parrains pour nous produire ou faire de grands spectacles. La musique sénégalaise ne se limite pas seulement au Mbalax. Si nous devons organiser un spec- tacle, nous compterons sur nous d’abord, sur nos entrées, sur les sponsors. Or ces derniers ne répondent pas, ce sont les par- rains qui répondent parce qu’ils ont leur nom à vendre. On doit pouvoir trouver les moyens de faire participer les sponsors pour la culture en échange d’exonération de taxes. Le mécé- nat doit être développé. Le mécène doit bénéficier d’une certaine exonération. Il faut arrêter de considérer la culture comme un milieu commercial, sinon rien ne pourra marcher. La culture a besoin d’aide et de  elle meurt, le tou- risme mourra aussi.
vous vous êtes investis pour la défense de l’environnement… Quand on est originaire d’un pays, on doit être utile à ce pays. On veut avoir un engagement citoyen propre et apporter notre pierre à l’édifice du Sénégal, d’où notre engagement pour la défense de l’environne- ment. En effet, on est originaire de Hann Bel-Air. Nous sommes nés dans cet environnement et on a connu la célèbre Baie de Hann . Elle est n’est plus ce qu’elle était il y’a trente ans. Dakar a dépassé la zone rouge en pollution depuis plus de deux ans. Nous ne savons pas com- bien d’heures de soleil nous avons, et ce soleil est mal exploité. Les notions de l’envi- ronnement, les Sénégalais ne les ont pas, à part les intellectuels. Notre combat est comment faire pour que le développement durable soit une réalité. C’est pourquoi nous organisons depuis douze ans le « festivert », le festival de l’environnement au Parc de Hann pour sensibili- ser sur l’importance de la pro- tection de l’environnement. Chaque année, nous nous bat- tons pour que les étudiants qui sont dans les écoles de forma- tion puissent venir rencontrer des sociologues, des profession- nels de l’environnement pour prendre conscience de l’impé- rieuse nécessité de défendre l’environnement. L’environnement, c’est le futur. On veut préparer notre jeunesse à développer cet esprit citoyen. On sait que c’est possible de réa- liser ici ce qui est réussi à l’exté- rieur. Il nous faut un soutien de l’État, parce que c’est une cause commune. Et il y’a les fonds des- tinés à l’environnement qui sont là, et nous souhaitons bénéficier d’un appui pour continuer serei- nement notre combat pour la défense de l’environnement.

 

( Entrtien réalisé par Maïmouna SANÉ et Toutinfo.net )