Présidentielle turque : comment l’opposition a déjoué le blackout médiatique

La plupart des médias turcs étant contrôlés par le pouvoir ou les partisans du président Erdogan, l’opposition a été contrainte de trouver des moyens ingénieux, souvent amusants, pour faire entendre sa voix avant les élections du 24 juin.

Lorsque l’image d’un homme rasé de près, vêtu d’un costume noir, apparaît soudain sur l’écran géant devant lequel est massée une foule, l’ambiance devient brusquement électrique. En ce dimanche 17 juin, les participants du meeting de campagne organisé dans la ville de Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, agitent des drapeaux pourpres et verts du HDP (Parti démocratique des peuples, pro-kurde), en scandant : « Selo ! Selo ! », le surnom de Selahattin Demirtas, candidat à la présidentielle du 24 juin.

Sourire en coin, le leader kurde débute son discours préenregistré : « Chers frères et sœurs, les belles personnes de mon pays, je vous salue avec mes sentiments les plus chaleureux, avec amour, ardeur et nostalgie ». « Je suis malheureusement obligé de m’adresser à vous depuis la prison de haute sécurité d’Edirne », ajoute-t-il avec un sourire résigné.

Selahattin Demirtas, 45 ans, qui fait partie des six candidats à la présidentielle du 24 juin, mène sa campagne depuis une cellule de prison, où il est enfermé depuis son arrestation, il y a plus d’un an. Celle-ci avait été ordonnée dans le cadre d’une vaste campagne de répression contre l’opposition au président Recep Tayyip Erdogan, après la tentative de coup d’État de juillet 2016.

Ingéniosité en ligne

Cette incarcération n’a pas empêché cet homme politique kurde de s’organiser en s’appuyant principalement sur son compte Twitter, alimenté par ses avocats. Ces derniers postent ses messages, lui transmettent les questions des journalistes étrangers et relaient ses chroniques aux journaux internationaux basés hors des frontières turques.

Le HDP a fait montre d’ingéniosité pour faire passer le message de son candidat, en utilisant tous les stratagèmes qu’offrent les médias sociaux. Cela passe notamment par la diffusion d’un enregistrement vidéo d’une conversation téléphonique entre Selahattin Demirtas et son épouse, réunie avec des proches dans la maison familiale de Diyarbakir.

 

Enfermé derrière les barreaux de sa geôle, Selahattin Demirtas a tardé à rebondir sur ce phénomène devenu tendance sur les réseaux sociaux. Mais quand il a finalement tweeté sa réponse, elle est devenue virale, avec plus de 23 000 retweets et 92000 likes en à peine 40 jours. « Il y a eu une complication avec la théière », a écrit le leader kurde. « C’est pourquoi je suis en retard. TAMAM.  »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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