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FINANCEMENT DE L’EDUCATION : L’idée d’une banque spécialisée lancée par des experts

Les différents acteurs du monde de l’enseignement, réunis mercredi dernier, à l’ucad 2, se sont essayés à l’exercice consistant à résoudre l’équation du financement de l’éducation. ils sont unanimes à dire que la stabilité du système en dépend, non sans proposer des recettes comme la création d’une banque dédiée au financement de l’éducation.

Abdou Fall campe le débat

«Quelles solutions novatrices pour l’école publiques ?» C’est le thème de la troisième édition des rencontres de «L’As» Co organisée par le groupe «3MCOMM», éditeur de «L’As» quotidien et le «Club Convergences Plurielles», dirigé par Abdou Fall. Au cours des discussions, mercredi dernier, les différents panélistes sont unanimes à dire que le financement de l’Education constitue un nœud gordien à trancher pour stabiliser le système. C’est d’ailleurs l’ancien ministre de la Santé sous Abdoulaye Wade et ancien instituteur (1974-1990), Abdou Fall qui a campé le débat. Le président du «Club Convergences Plurielles» et coorganisateur de l’évènement a soutenu que le financement de l’Education est un problème de fond qu’il faudra impérativement régler en appelant les uns et les autres à y réfléchir. Il estime que le quart des ressources budgétaires du pays sont consacrées aux travailleurs de l’administration publique dont les 3/4 sont constitués d’enseignants. A cela s’ajoute, la nécessité de construire et d’équiper les salles de classe et le recrutement permanent de personnel, indique-t-il. « Je ne demande pas aux syndicats de se substituer à l’Etat. L’objectif c’est d’envisager une meilleure formule pour gérer ensemble des problèmes. Personne ne remet en cause les revendications des enseignants, mais ce sont les modalités par lesquelles elles sont posées qui font défaut. Et il faut réfléchir pour trouver des solutions qui vont dans le sens de l’intérêt du pays», a-t-il expliqué. Kalidou Diallo veut qu’on s’inspire du modèle anglo-saxon Prenant la parole, l’ancien ministre de l’Education sous Wade, Kalidou Diallo de dire que la question de l’Education est une question financière. Il s’agit entre autres de revendications portant sur le payement d’indemnités, une masse salariale coûteuse, un recrutement permanent, la construction d’infrastructures et leur équipement… «Ce sont des questions très compliquées à gérer», a-t-il reconnu. Toutefois, il donne une première piste de solution qui va dans le sens de la rationalisation des ressources financières allouées à l’Education. «J’ai été au Rwanda, dans une classe, vous trouvez une rangée pour les élèves de CI et une autre pour les élèves de CP. Ainsi, on retrouve des élèves de niveaux différents dans une même classe, tous gérés par un enseignant. Et ceux qui gèrent la Direction des écoles sont aussi des enseignants qui dispensent en même temps des cours. Dans un lycée par exemple, le censeur est un professeur qui dispense des cours tous les jours. Il faut être réaliste et s’inspirer de ces modèles», a-t-il préconisé. L’ancien ministre de l’Education sous Abdoulaye Wade a essayé également de répondre à la question suivante : «Quel type de syndicaliste pour stabiliser le système au Sénégal ?». Selon lui, il faut s’inspirer du modèle anglo-saxon qui laisse entrevoir des enseignants plus enclins à investir dans d’autres secteurs économiques pour ne pas dépendre exclusivement des ressources financières allouées par l’Etat. «Dans les pays africains anglophones comme la Sierra Leone, les enseignants investissent même dans l’hôtellerie. En Israël, les enseignants sont présents dans tous les secteurs de l’économie. Ce, pour dire que les enseignants ont la possibilité de peser fortement dans le système sans pour autant attendre quoi que ce soit de l’Etat», a-t-il suggéré.

Abdou Salam Sall propose une banque éducative

L’ancien recteur de l’UCAD, Abdou Salam Sall va plus loin et parle même de la mise en place d’une banque éducative. Selon lui, pour des soucis d’argent, les gens paralysent le système alors que la force doit être utilisée au profit de l’école. «On ne peut pas changer les choses en répétant ce qui se faisait jusque-là. Il faut songer à mettre en place une banque éducative. Je suis sûr que si on travaille bien, on pourra proposer un million d’actions en raison de 25 000 F CFa l’unité. Ça fera 25 milliards de F Cfa. Les enseignants peuvent le faire tout seul sans l’aide de personne. Si vous êtes prêts, le Saes est prêt à vous accompagner pour la création de cette banque éducative. Il y aura des actions concrètes. Et c’est ainsi que nous pourrons innover dans ce que nous faisons», a-t-il indiqué, en interpellant directement Saourou Sène du Saems, Cheikh Mbow de la Cosydep et le Directeur de Publication de l’AS, Mamadou Thierno Talla à qui il demande de pousser la réflexion et de s’engager dans cette voie. L’ancien Recteur et Secrétaire général du Saes estime, par ailleurs, que l’Education doit faire l’objet d’une cogestion transparente par tous les segments de la société. «On dit qu’il n’y a pas d’argent, mais les caisses noires augmentent», a-t-il déploré en demandant aux autorités d’être plus sérieuses. « Quand j’étais Recteur, tout le monde savait que je détournais l’argent au sommet pour l’injecter à la base», a-t-il confié, dans un tonnerre d’applaudissements nourris.

Mathiam Thiam pense que les étudiants peuvent financer L’université

Embouchant la même trompette, Mathiam Thiam, Inspecteur de l’éducation martèle que l’Etat accapare tellement de moyens qu’une partie pourrait être transférée et redistribuée à des secteurs sensibles et stratégiques comme l’éducation et la santé. «Les dotations de carburant par ministre font 1000 litres d’essence par mois, soit 693 000 F CFA par mois. A cela s’ajoutent les autres privilèges comme les frais de voyage et autres», a-t-il fait constater. Le formateur à la FASTEF et didacticien de l’Anglais n’a pas manqué de faire une proposition de financement pour l’Enseignement supérieur. «Si on prend l’Université de Dakar, il y a 100 000 étudiants. Si chacun contribue une part sociale de 1000 francs, cela fera 100 millions de capital. Vous présentez ça à n’importe quel Etat sérieux, il va le doubler. Un tel financement permettra de prendre en charge l’Université et certains espaces. Les étudiants vont ainsi s’impliquer dans la gestion comme cela se fait aux EtatsUnis et en Angleterre pour gérer les restaurants et autres services. Les profits pourraient ainsi être redistribués aux étudiants sous forme de bourse. Ce qui va alléger les charges de l’Etat», a-t-il conclu.

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